L’Internet des Objets multiculturels

Existe-t-il un produit, service ou source technologique réellement universel ? Ou le caractère culturel des choses est-il inhérent à chaque action dès lors qu’elle atteint une échelle mondiale ?

J’ai fait carrière dans la correction d’erreurs de communication à travers le monde et j’ai enseigné à de nombreuses entreprises les meilleures manières de les éviter. Il va donc sans dire que l’influence multiculturelle dans un des sujets très en vogue ces derniers temps, l’Internet des Objets, est un sujet qui me passionne.

Sachant que les lecteurs de ce blog ne sont pas des néophytes de la technologie, il n’est pas utile que j’explique ce en quoi consiste l’Internet des Objets. Pour faire bref, c’est une histoire de capteurs qui envoient des données à d’autres capteurs, personnes ou référentiel central afin d’en savoir plus sur le contexte des données ajoutées ou un flux d’information « à la carte ».

Alors que la technologie du capteur est universelle, l’objet qui génère les données est soumis à toute une série d’influences culturelles, et cela est particulièrement visible si des données du monde entier parviennent au siège central d’une entreprise internationale.

Durant les 20 dernières années j’ai beaucoup écrit sur le besoin qu’ont les entreprises internationales de développer des stratégies de communications qui ont « une structure globale et un contenu local ». En substance, il doit y avoir un message de marque central fait d’éléments universels, avec des nuances propres à une culture ou langue plus locales. Il suffit de voir les variantes dans différents pays du menu de McDonald’s pour apprécier cet équilibre délicat entre la structure globale et le contenu local des « objets ».

Ce défi est loin d’être nouveau. Les entreprises ont dû normaliser les données et adapter les interfaces d’utilisateurs aux besoins locaux bien avant l’avènement d’Internet. L’exemple le plus flagrant de ceci pourrait être l’utilisation du point ou de la virgule pour marquer les décimales dans les devises internationales. Un autre exemple serait l’apparition et l’intégration des caractères « double byte » afin de pouvoir développer du code dans divers alphabets comme ceux venus d’asie, l’arabe, l’hébreu ou le cyrillique.

Mais ce qui change de nos jours ce sont les 4 V du Big Data (volume, variété, vitesse et véracité) qui se voient chamboulés par la grande quantité d’information qui parvient de toute une batterie de capteurs. Alors comment parvenir à ce que les départements informatiques développent les capacités nécessaires pour extraire la bonne information des données de chaque pays, ce qui en soi défit le besoin de normalisation, mais s’avère être crucial pour toute stratégie d’analytique globale ?

Voici quatre exemples des spécificités de ce « contenu local » qui rendent la tâche d’insertion de données pertinentes à échelle globale ardue :

On n’a pas toujours ce que l’on veut!

Il y a de grandes différences dans la manière dont les pays permettent ou limitent la récupération et le partage d’information de l’Internet des Objets. La situation en Europe est particulièrement épineuse, puisque la législation communautaire cohabite avec les différentes normes de chaque pays. Dans cet environnement, il peut être compliqué de trouver un dénominateur commun pour certains flux de données dérivant des citoyens/consommateurs, surtout si l’on prend en compte la rapidité avec laquelle les lois changent tant à niveau central comme local.

Le Machine-to-Machine (M2M) a tout de même besoin d’une part d’intervention humaine

Alors que la qualité de la technologie M2M et la confiance placée en elles n’ont eu de cesse de progresser, l’expérience nous a appris qu’une interaction entre la machine et l’être humain reste nécessaire pour comprendre l’importance des subtiles nuances des données multiculturelles. Par exemple, les machines de traduction de langues étrangères ont fait d’énormes progrès. Mais il suffit de lancer une recherche Google avec l’intitulé « erreurs de traduction automatique » pour apprécier le nombre de gaffes aussi graves que mémorables qu’une intervention humaine aurait pu éviter.

Les gestes aussi sont des “objets”

Alors que l’on pensait que l’apparition et l’intégration des caractères « double byte » était suffisant, voilà qu’apparaissent toute une série de données de l’Internet des Objets liés aux gestes et leur contexte international. Même un enfant pourrait vous le dire, dans les interactions internationales et la communication culturelle, les gestes des interlocuteurs sont de première importance. Ce qui aux États-Unis est un simple « OK » peut être compris comme « zéro » dans d’autres cultures.

Sans laisser de côté les émotions et les sentiments

Dernièrement, les émotions sont devenues un indice de prédiction d’analytique majeur. Alors que les algorithmes machine-to-machine ne sont pas encore très au point pour les traductions automatiques, ils font de véritables prouesses pour déterminer les émotions et les sentiments dans les flux de l’Internet des Objets. Mais les subtilités culturelles du langage permettent une analyse émotionnelle à partir des données issues des capteurs ou des publications sur les réseaux sociaux… Passionnant !

La récupération et l’analyse de données de l’Internet des Objets à travers le monde à un potentiel énorme. Pourtant la normalisation et la compréhension des gestes et émotions transculturelles requièrent une dimension anthropologique que la plupart des départements technologiques ne contrôlent pas encore.

Votre entreprise s’est-elle lancé le défi des données interculturelles ? Et si c’est le cas, comment cela s’est-il passé ?


cutitta3Auteur: Frank Cutitta est chercheur au sein du Leading Edge Forum de CSC. Il traite principalement les aspects transculturels du développement social des entreprises. Il étudie également la manière dont les organisations technologiques devraient appliquer pour elles-mêmes les techniques de branding. Il est membre du Global Board of Directors de l’HIMSS (Healthcare Information and Management Systems Society) la plus grande association mondiale qui mêle le secteur de santé et la technologie.

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