Assurance : industrialiser les services par la blockchain

Par Gilles Guedj, partner, en charge du pôle Consulting Assurance chez CSC

Cet article est le 4ème de la série de nos billets « Repensons l’assurance digitale ! ». Chaque billet porte sur les quatre vagues de la transformation digitale, identifiées par CSC, et qui bousculent le secteur de l’assurance.

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Vague 4. Blockchain et « blockchainisation » des services

Innovation encore mystérieuse malgré sa médiatisation, la blockchain peut se définir comme un outil dématérialisé de transfert de propriété. Il peut s’agir de monnaie, comme le célèbre Bitcoin, mais aussi de droits (d’accès, d’auteur, d’exploitation…), de jetons, de points de fidélité, de bons d’intervention, de bulletins de vote… Jusqu’à présent, Internet permettait seulement de partager : l’émetteur gardait la copie de ce qu’il transmettait et en conservait l’usufruit. On échangeait de l’information. Avec la blockchain, il est devient possible de donner : une fois le bien cédé, l’émetteur n’en dispose plus. On peut désormais échanger de la valeur.

S’appuyant ingénieusement sur les caractéristiques et la puissance du réseau, la technologie sous-jacente du registre distribué permet en outre de garantir la sécurité, l’intégrité, la transparence et la traçabilité de cette transaction, qui peut donc s’affranchir de l’intermédiation d’un tiers de confiance. Enfin, il est possible d’en programmer l’exécution en fonction de conditions elles-mêmes dématérialisées : signature, preuve de dépôt, conjonction d’évènements, accomplissement d’une tâche…

La blockchain est donc susceptible d’automatiser et de sécuriser de nombreux processus qui nécessitent aujourd’hui une validation humaine. On perçoit en particulier son intérêt dans le domaine de l’assurance puisqu’elle permettrait de mettre en place des contrats intelligents (smart contracts), dont les conditions et les termes seraient exécutés de façon autonome et automatique. Par exemple, on peut imaginer pour les agriculteurs une assurance indicielle couplée à des capteurs ou une information météorologique réputée fiable, ce qui permettrait de déclencher automatiquement l’indemnisation.

Le secteur a aussitôt saisi la portée de cette innovation qui, pour une fois, justifie pleinement son qualificatif de disruptive. Selon une étude réalisée par CSC et PAC auprès des assureurs français, seuls 5 % d’entre eux n’ont aucune démarche en cours sur le sujet. Toutefois, la blockchain reste pour l’heure largement du domaine de la prospective, 48 % des sondés y consacrant des efforts de R&D en interne et beaucoup se tournant vers les startups pour accélérer leur innovation : 39 % ont mis en place des fonds d’investissement, 34 % un incubateur et 32 % procédé à des acquisitions.

Generali fait partie de ces acteurs dont la R&D se penche activement sur la blockchain. « Nous explorons plusieurs pistes : comment apporter une expérience client différenciante à travers des contrats intelligents, comment exploiter l’identité numérique… », témoigne Carline Huslin, Head of Digital and Multichannel Customer Experience chez Generali. De façon générale, le secteur de l’assurance voit dans cette technologie le moyen idéal d’industrialiser la gestion et la livraison des services au moment même où l’évolution de son modèle accroît la fréquence des interactions clients et comprime ses marges. Pour 54 % des sondés de l’enquête PAC/CSC, la blockchain va permettre de réduire les coûts, pour 33 % d’indemniser plus vite les clients et pour 33 % de mieux gérer les partenariats de distribution.

Cette prise de conscience quasi-unanime se heurte néanmoins un certain nombre de barrières qu’identifie Adrian Sauzade, co-fondateur du système Czam : « Les limites sont de plusieurs ordres. Culturelles, car on manque encore d’exemples et de vocabulaire pour expliquer et convaincre. Techniques, car la technologie est jeune et doit gagner en abstraction pour se diffuser largement. De sécurité, car les outils permettant de gérer cette dimension clé apparaissent tout juste. Et réglementaires, car, pour le moment, la blockchain tombe dans une zone grise qui va prendre un peu de temps à s’éclaircir. »


Lire l’étude CSC-PAC sur la transformation numérique des assureurs français :
assurancedigitale

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